Droit du travail
Autorisation d'absence
Permission exceptionnelle ou absence pour convenance ? La distinction décide si l'absence est déduite du congé.
Un travailleur demande deux jours pour une affaire personnelle. La question qui se pose n'est pas seulement « accorde-t-on ou non ? », mais sur quel régime. Car de la réponse dépend une conséquence très concrète : l'absence sera-t-elle déduite du congé payé, ou non ?
Le Code du travail distingue en effet deux situations qu'il ne faut pas confondre : les permissions exceptionnelles, protégées par la loi, et les autorisations d'absence pour convenance personnelle, laissées à l'appréciation de l'employeur.
1. Les permissions exceptionnelles
Le Code protège les absences liées à des événements familiaux touchant directement le propre foyer du travailleur. Dans une limite de dix jours, ces permissions ne peuvent pas être déduites de la durée du congé acquis.
Deux précisions comptent. D'une part, le Code ne dresse pas la liste des événements concernés ni leur durée individuelle : c'est la convention collective applicable, et le cas échéant l'accord d'établissement, qui les détaille : mariage, naissance, décès, selon des durées propres à chaque branche. D'autre part, la limite de dix jours est un plafond global de non-déduction, non une réserve à consommer librement.
La première réponse à une demande d'absence est donc toujours la même : vérifier d'abord la convention collective. Si l'événement y figure, l'absence relève des permissions exceptionnelles, et le raisonnement s'arrête là. Code du travail, article L.146.
2. Les autorisations d'absence pour convenance personnelle
Lorsque le motif ne figure pas parmi les permissions exceptionnelles reconnues, l'absence relève d'un autre régime :
- elle n'est pas un droit : elle suppose l'accord de la direction ;
- elle est en principe déductible du congé payé, ou traitée comme une absence sans solde selon ce qui est convenu ;
- elle doit être formalisée par écrit, avant la prise d'effet.
C'est une souplesse d'organisation, pas une obligation légale. L'employeur peut la refuser, et son refus n'a pas à être motivé, mais une pratique cohérente entre les salariés reste la meilleure protection contre le sentiment d'arbitraire.
3. Comment formaliser l'autorisation ?
L'autorisation prend la forme d'une attestation établie par le service des ressources humaines et soumise à la signature de la direction. Elle mentionne :
| Mention | Pourquoi elle est nécessaire |
|---|---|
| Les nom et prénoms du demandeur | Identifie sans ambiguïté le bénéficiaire |
| La fonction du demandeur | Permet d'organiser la continuité du poste |
| Le motif de l'autorisation | Détermine le régime applicable : permission exceptionnelle ou convenance |
| La durée de l'absence | Fixe le décompte, en jours ouvrables ou calendaires selon l'usage retenu |
| La date de reprise du travail | Sépare l'absence autorisée de l'absence injustifiée |
| Le traitement retenu | Précise si l'absence est déduite du congé, sans solde, ou non déductible |
La dernière ligne est celle que l'on oublie le plus souvent, et c'est celle qui produit les litiges de paie. Écrire dès le départ comment l'absence sera traitée évite d'avoir à l'expliquer un mois plus tard sur un bulletin.
4. Quel circuit de validation ?
Un circuit simple suffit, à condition qu'il soit connu et constant :
- la demande est formulée par écrit par le travailleur, autant que possible à l'avance ;
- l'avis du responsable hiérarchique porte sur la faisabilité au regard de la charge de travail ;
- l'instruction par les ressources humaines vérifie le régime applicable et le solde de congé ;
- la signature de la direction rend l'autorisation effective ;
- une copie est remise au travailleur, une autre versée au dossier individuel.
Ce circuit et les délais de demande ont naturellement leur place dans le règlement intérieur, au titre de l'organisation technique du travail.
5. Absence autorisée, absence justifiée, absence injustifiée
Trois notions voisines, trois régimes différents :
| Situation | Ce qui la caractérise | Conséquence |
|---|---|---|
| Absence autorisée | Demandée et accordée avant la prise d'effet | Traitement convenu à l'avance : congé, sans solde, ou non déductible |
| Absence justifiée a posteriori | Non demandée, mais couverte par un motif légitime prouvé : maladie, événement imprévisible | Le contrat est suspendu selon le régime propre au motif |
| Absence injustifiée | Ni autorisée, ni couverte par un motif légitime | Absence de service fait ; peut donner lieu à une sanction disciplinaire |
Une absence injustifiée n'autorise en revanche aucune amende ni retenue disciplinaire : les sanctions pécuniaires sont interdites. La seule conséquence financière régulière est l'absence de rémunération pour le temps non travaillé. Code du travail, articles L.69 et L.121.
Sur les autres formes d'absence et leurs effets sur le contrat, voir Absence : motifs divers et variés.
À retenir
| La règle | Ce qu'elle implique |
|---|---|
| Deux régimes, à ne pas confondre | Permission exceptionnelle protégée, ou autorisation pour convenance |
| Dix jours non déductibles du congé acquis | Pour les événements familiaux touchant le propre foyer du travailleur |
| La convention collective détaille les événements | C'est elle qu'il faut consulter en premier |
| L'autorisation pour convenance n'est pas un droit | Elle suppose l'accord de la direction |
| L'écrit précise le traitement de l'absence | Congé, sans solde ou non déductible : à décider avant, pas après |
| Aucune amende, aucune retenue disciplinaire | Seul le temps non travaillé n'est pas rémunéré |