Gestion du personnel
L'intérim : remplacer un salarié absent
Longtemps mal connu, l'intérim est aujourd'hui de plus en plus utilisé par les employeurs maliens. Certains y recourent systématiquement pour remplacer un absent, d'autres pour tester des candidats quelques mois avant de leur proposer un CDI.
1. Le principe : combler une absence, pas un poste
L'intérim consiste à mettre à disposition d'une entreprise un travailleur employé et rémunéré par une entreprise de travail temporaire (ETT), une structure que le Code du travail malien reconnaît comme employeur à part entière (article L.313 de la Loi 92-020/AN-RM du 23 septembre 1992).
Concrètement, cela signifie que l'intérimaire :
- travaille dans l'entreprise utilisatrice ;
- mais est employé, payé et déclaré par l'ETT.
L'entreprise utilisatrice, elle, n'a aucun lien juridique direct avec lui : elle est liée à l'ETT par un contrat commercial, et rien de plus.
2. Le seul motif autorisé : la suspension légale du contrat
C'est le point de droit central de l'intérim, et celui qu'il faut maîtriser avant tout le reste.
Selon le Code du travail, on ne fait recours à l'intérim que pour remplacer un travailleur en suspension légale de son contrat de travail (article L.34).
Qu'est-ce qu'une suspension légale ?
C'est une situation où le salarié n'a pas quitté l'entreprise : son contrat existe toujours, il est simplement mis en pause. Le poste n'est donc pas vacant, il est temporairement inoccupé.
| Cas de suspension | Le salarié reviendra ? |
|---|---|
| Maternité | Oui, à l'issue du congé |
| Maladie | Oui, à la guérison |
| Congés | Oui, à la date prévue |
| Détention | Oui, selon l'issue |
C'est cette certitude du retour qui justifie le caractère temporaire du remplacement.
Les trois mentions obligatoires du contrat d'intérim
Le contrat doit impérativement préciser :
- Le nom de l'employé en suspension de contrat ;
- Le motif de la suspension ;
- La durée prévisionnelle de la suspension.
Exemple correct : « Remplacement de Madame Fanta KEÏTA, caissière, en congé maternité, pour une durée prévisionnelle de 14 semaines. »
Exemple insuffisant : « Remplacement d'un salarié absent. » Aucune des trois mentions n'y figure.
La limite absolue
Le recours à l'intérim ne peut avoir, ni pour objet, ni pour effet, de pourvoir durablement un emploi lié à l'activité normale et permanente de l'entreprise, quel que soit son motif.
Notez bien la double condition : la loi vise l'objet (ce que vous vouliez faire) et l'effet (ce qui se produit réellement). Même sans intention de contourner la règle, un intérimaire maintenu durablement sur un poste permanent constitue une irrégularité.
La contrepartie logique : un emploi de caractère normal et permanent doit être pourvu par un CDI (article L.22 du Code du travail).
3. Où l'intérim se pratique aujourd'hui au Mali
Les secteurs demandeurs
Les banques et les télécoms y font de plus en plus appel.
Les profils concernés
| Fortement demandés | Peu concernés |
|---|---|
| Emplois administratifs | Postes financiers |
| Commerciaux | Positions de cadres |
| Opérateurs de saisie | |
| Secrétaires, standardistes | |
| Agents de sécurité | |
| Commerciaux de centres d'appel |
Les demandes portent notamment sur des profils Bac+2 et plus.
Pourquoi cette montée en puissance ?
Trois raisons de fond :
1. L'absence de fonction RH. La quasi-totalité des entreprises maliennes n'ont pas de responsable ressources humaines pour gérer les recrutements. Passer par l'intérim leur évite de mobiliser une compétence qu'elles n'ont pas.
2. Une activité irrégulière. Certaines entreprises n'ont pas une charge constante sur les douze mois de l'année. Elles doivent appliquer le principe de la flexibilité.
3. Un changement de regard. L'image et les préjugés qu'avaient les Maliens de l'intérim commencent à se dissiper. Ce qui passait pour un pis-aller est désormais reconnu comme un mode d'accès à l'emploi.
4. L'intérim, un véritable tremplin vers l'emploi
Cette partie s'adresse aux jeunes en recherche d'un premier poste.
Le blocage de départ
De nombreux employeurs hésitent à recruter des jeunes débutants, au-delà même de la question de leur employabilité. Les reproches reviennent toujours :
- « Ils veulent tout, tout de suite, alors qu'ils ne peuvent pas encore produire en entreprise » ;
- « Ils ne savent pas se vendre » ;
- « Ils n'ont pas l'esprit d'entreprise ».
À tort ou à raison, ces préjugés existent, et ils bloquent.
La question à se poser
Comment obtenir un emploi dans un milieu où ces préjugés vous précèdent ?
Par la preuve, pas par le discours. Et l'intérim est précisément un dispositif de preuve.
Pourquoi l'intérim plutôt que le stage
| Avantage | Ce que cela change concrètement |
|---|---|
| Multiplication des missions | Vous accumulez les expériences au lieu d'un stage unique |
| Diversification des sites | Vous découvrez plusieurs organisations, plusieurs méthodes |
| Évaluation en situation réelle | Vous êtes jugé sur votre travail, pas sur votre CV |
| Rémunération | Vous gagnez votre vie pendant que vous vous construisez |
| Efficacité | Un gain de temps et d'argent par rapport aux candidatures spontanées |
La perspective de pré-embauche
Généralement, ces intérimaires finissent par être recrutés, à condition qu'ils soient bons.
C'est tout le mécanisme : l'entreprise qui hésitait devant un inconnu n'hésite plus devant quelqu'un dont elle a vérifié le travail pendant plusieurs mois.
Un levier concret : les périodes de bilan
Les jeunes de formation finance, comptabilité, gestion disposent d'une fenêtre connue de tous : la forte demande de comptables et de financiers en février, mars et avril, pendant les périodes de bilan.
Se positionner sur ces mois, c'est entrer dans l'entreprise au moment où elle a le plus besoin de bras, donc au moment où elle est la plus attentive à ceux qui se montrent efficaces.
En résumé
Oui, l'intérim est précaire et souvent mal payé. Mais il permet d'acquérir de l'expérience et de la multiplier, d'étoffer son CV et ses compétences, et de gagner sa vie pendant ce temps.
N'attendez plus.
5. Notre démarche
Étape 1 : anticiper le besoin
- Contact des entreprises pour analyse des besoins ;
- Établissement du planning de départ en congés des postes tenus ;
- Recueil des autres départs liés à une suspension légale de contrat.
C'est l'étape déterminante : elle permet d'anticiper les absences plutôt que de les subir.
Étape 2 : trouver et placer
- Recherche de candidats correspondant aux postes en suspension ;
- Mise en contact ;
- Contrats.
Étape 3 : accompagner
- Suivi de la mission ;
- Gestion administrative ;
- Formalités de fin de mission.
L'essentiel en 5 points
- L'intérim remplace un salarié en suspension légale de contrat (art. L.34) : maternité, maladie, congés, détention.
- Le contrat doit nommer le remplacé, le motif et la durée prévisionnelle.
- Il ne peut jamais pourvoir durablement un emploi normal et permanent, ni par son objet, ni par son effet. Ce type d'emploi relève du CDI (art. L.22).
- Pour l'entreprise : une réponse à l'absence de fonction RH, à l'irrégularité de l'activité et au besoin de flexibilité.
- Pour le jeune débutant : un tremplin, avec expérience multipliée, CV étoffé, revenu immédiat, et une embauche à la clé s'il est bon.