Droit du travail
Le contrat de travail : les cas de suspension légale
La suspension est l'arrêt momentané des relations de travail. Le contrat n'est ni rompu ni modifié : les obligations principales cessent temporairement, puis reprennent. C'est une notion centrale, parce qu'elle sépare l'absence qui protège de l'absence qui expose.
Le Code du travail énumère les situations concernées. Les connaître évite deux erreurs symétriques : traiter comme une faute une absence protégée, ou laisser se prolonger une suspension qui a atteint son terme. Code du travail, article L.34.
1. Les cas de suspension
| Cas | Précision |
|---|---|
| Mise à pied disciplinaire | Huit jours au maximum |
| Congés payés | Selon les droits acquis |
| Congés de formation | Formation professionnelle, éducation ouvrière |
| Congé de maternité | 14 semaines, indemnisées par l'INPS |
| Congé de veuvage | Quatre mois et dix jours au maximum |
| Congé de pèlerinage | Mêmes conditions que le congé de veuvage |
| Maladie ou accident non professionnel | Six mois, prorogés jusqu'à la date de remplacement du travailleur |
| Accident du travail et maladie professionnelle | Toute la durée de l'incapacité |
| Garde à vue ou détention pour motifs non professionnels | Six mois au maximum |
| Chômage technique | Trois mois, six en cas de crise sanitaire grave |
| Grève ou lock-out | Lorsque la procédure de règlement des conflits est respectée |
À cette liste s'ajoutent les obligations militaires et les services civiques, ainsi que l'exercice d'un mandat électif ou d'une fonction politique.
2. Ce qui est suspendu, ce qui subsiste
| Suspendu | Maintenu |
|---|---|
| L'obligation de fournir le travail | Le contrat lui-même et le poste |
| L'obligation de verser le salaire, sauf disposition contraire | L'ancienneté acquise |
| L'exécution normale des tâches | L'obligation de loyauté des deux parties |
La deuxième ligne de la colonne de gauche mérite attention : « sauf disposition contraire ». Plusieurs cas de suspension s'accompagnent d'une indemnisation par l'employeur pour la maladie non professionnelle, par l'INPS pour la maternité et l'accident du travail. La suspension du contrat n'emporte donc pas automatiquement l'absence de tout revenu.
3. Les durées maximales, et ce qui se passe au terme
Plusieurs suspensions sont bornées dans le temps, et ces bornes ne sont pas décoratives : au terme, une décision s'impose.
| Cas | Durée maximale | Ce qui se passe ensuite |
|---|---|---|
| Mise à pied | 8 jours | Reprise du travail |
| Chômage technique | 3 mois, 6 en cas de crise sanitaire grave | Au-delà, la rupture éventuelle est imputable à l'employeur |
| Maladie non professionnelle | 6 mois, prorogés jusqu'au remplacement | Reprise, reclassement ou rupture motivée |
| Détention pour motifs non professionnels | 6 mois | La situation doit être tranchée |
| Veuvage, pèlerinage | 4 mois et 10 jours | Reprise sur le même poste |
Le chômage technique est le cas le plus lourd de conséquences : franchir la durée autorisée transforme une mesure d'organisation en rupture imputable à l'employeur, traitée comme un licenciement.
4. Le salaire est-il maintenu ?
La réponse dépend du cas, et elle s'examine à trois niveaux, dans cet ordre :
- La loi, qui prévoit une indemnisation dans certains cas. Barème à la charge de l'employeur pour la maladie non professionnelle, par exemple.
- Le régime de prévoyance sociale, qui prend le relais du revenu pour la maternité, l'accident du travail et la maladie professionnelle. Code de prévoyance sociale.
- La convention collective ou l'accord d'établissement, qui peuvent prévoir un maintien total ou partiel plus favorable.
Le réflexe à installer : ne jamais arrêter un décompte de paie avant d'avoir vérifié ces trois niveaux.
5. L'effet sur le congé annuel
Certaines périodes de suspension sont assimilées à du travail effectif pour le calcul du congé payé : les absences pour accident du travail ou maladie professionnelle, les congés de maladie médicalement justifiés dans la limite de six mois, les périodes de maternité, et les congés spéciaux.
Les autres, notamment les absences sans solde et les convenances personnelles, ne le sont pas. C'est une distinction à intégrer au paramétrage de la paie plutôt qu'à traiter au cas par cas. Code du travail, article L.149.
6. Organiser le remplacement
Une suspension longue se couvre par un contrat de remplacement, qui doit nommer la personne remplacée et indiquer sa qualification. Un contrat de remplacement anonyme n'en est pas un : il perd son terme et devient un contrat à durée indéterminée.
Le contrat prend fin au retour du travailleur remplacé, ou à la date convenue lorsqu'un terme précis a été retenu. Voir Contrat d'intérim.
À retenir
| La règle | Ce qu'elle implique |
|---|---|
| La suspension arrête, elle ne rompt pas | Le poste est conservé, l'ancienneté subsiste |
| Les principaux cas sont énumérés par le Code | Discipline, congés, santé, vie civique, vie de l'entreprise |
| Plusieurs suspensions sont bornées | 8 jours, 3 mois, 6 mois, 4 mois et 10 jours selon les cas |
| Le maintien du salaire s'examine à trois niveaux | Loi, prévoyance sociale, convention collective |
| Toutes les périodes ne comptent pas pour le congé | Les absences protégées, oui ; les convenances, non |
| Le remplacement se formalise par écrit | Avec le nom et la qualification de la personne remplacée |