Droit du travail
La gestion du personnel : cinq domaines, un fil conducteur
Cinq domaines, un fil conducteur : chaque décision RH se prépare avant d'être prise, et se documente au moment où elle l'est.
La gestion du personnel recouvre tout ce qui va du recrutement au départ. C'est un ensemble vaste, mais qui s'organise autour de cinq domaines, chacun avec ses obligations propres et ses échéances.
Un fil conducteur les relie tous : en droit du travail malien, c'est à l'employeur qu'il revient de prouver la légitimité de ses décisions. La règle est posée à propos du licenciement, où l'employeur doit établir l'existence d'un motif légitime, et reprise pour le licenciement économique, où lui incombent la preuve du motif et celle du respect de l'ordre des licenciements. Elle explique pourquoi une bonne gestion du personnel est d'abord une gestion écrite (Code du travail, articles L.48 et L.51).
1. Les cinq domaines
| Domaine | Ce qu'il recouvre |
|---|---|
| Le recrutement et l'entrée | Choix du contrat, écrit, dépôt, immatriculation, visite médicale d'embauche |
| La vie du contrat | Avenants, modifications, promotions, période d'essai, discipline |
| Le temps et les absences | Horaires, heures supplémentaires, congés, suspensions, remplacements |
| La rémunération | Grilles, primes, avantages, bulletins, déclarations |
| La sortie | Rupture, préavis, indemnités, solde de tout compte, certificat de travail |
Chacun de ces domaines fait l'objet d'articles dédiés. Cette fiche donne la vue d'ensemble et les points de jonction, c'est-à-dire les endroits où une décision prise dans un domaine produit ses effets dans un autre.
2. Le choix du contrat : la décision qui commande le reste
C'est la première décision, et celle dont les conséquences se déploient le plus longtemps. Le principe est constant : le contrat à durée indéterminée est la règle, les autres formes sont des exceptions justifiées par un besoin temporaire.
| Le besoin | Le contrat | La borne |
|---|---|---|
| Permanent | Contrat à durée indéterminée | Aucune |
| Temporaire, à date connue | CDD à terme précis | 2 ans, et 2 renouvellements hors catégories exemptées |
| Temporaire, lié à un événement | CDD à terme imprécis, avec durée minimale | Idem |
| Absence d'un salarié en suspension légale | Contrat de remplacement, nommant la personne remplacée | Le retour du titulaire |
| Ouvrage à réaliser | Contrat d'ouvrage | L'achèvement ; non renouvelable, et hors plafond de 2 ans |
Une précision sur la deuxième ligne : cinq catégories de travailleurs échappent au compte des renouvellements, dont le saisonnier et le travailleur engagé en complément d'effectif pour un surcroît d'activité. Le plafond de deux ans, lui, reste opposable à tous, sauf au contrat d'ouvrage déterminé.
Se tromper ici ne se rattrape pas en cours de route : la poursuite d'une relation au-delà des limites légales emporte, de plein droit, l'exécution d'un contrat à durée indéterminée. Voir Gestion de la main-d'œuvre.
3. Les points de jonction à connaître
Certaines décisions produisent des effets en cascade, dans des domaines différents. Ce sont celles qu'il faut traiter avec le plus de méthode :
| Décision | Effets ailleurs |
|---|---|
| Modifier un horaire | Peut constituer une modification substantielle du contrat, donc supposer un avenant |
| Accorder un avantage en nature | Il entre dans les bases de calcul, y compris celles des indemnités de fin de contrat |
| Prolonger un CDD | Compte dans les renouvellements et dans le plafond de deux ans |
| Accorder une absence | Détermine si elle s'impute ou non sur le congé annuel |
| Promouvoir un salarié | Change la catégorie, donc le préavis, l'essai et souvent la grille |
| Externaliser la paie | Ne transfère ni la responsabilité légale ni la conservation des registres |
La deuxième ligne est la plus coûteuse lorsqu'elle est manquée. La rémunération retenue pour l'indemnité de licenciement englobe toutes les prestations constituant une contrepartie du travail, à la seule exclusion de celles qui ont le caractère d'un remboursement de frais ; et les primes, commissions et prestations diverses entrent dans le calcul du préavis et des dommages-intérêts, sur la base de leur moyenne mensuelle des douze derniers mois. Un logement de fonction oublié dans cette moyenne fausse donc le décompte, et l'erreur se découvre au moment du départ (Code du travail, articles L.53 et L.100).
4. Le rythme de la fonction
| Fréquence | Ce qu'il faut faire |
|---|---|
| Chaque mois | Éléments variables, bulletins, déclarations, mise à jour du registre de paiement |
| Chaque trimestre | Revue des échéances de contrats et des soldes de congé |
| Chaque année | Visites médicales périodiques, revue de l'égalité de rémunération, calendrier des jours fériés, fermeture éventuelle |
| À chaque événement | Accident, grossesse, absence, modification, départ |
La ligne trimestrielle est celle qui prévient le plus d'erreurs pour le moins d'effort. Un tableau des échéances tient en une page et évite la reconduction par défaut, qui est la première cause de requalification.
5. Ce qui doit exister, en permanence
- Les contrats de travail et leurs avenants.
- Le registre d'employeur, en trois fascicules, conservé cinq ans après la dernière mention.
- Le registre de paiement, ou son équivalent informatisé, même durée.
- Le règlement intérieur visé et affiché, obligatoire dans les entreprises industrielles, commerciales et agricoles employant au moins dix salariés.
- Les déclarations sociales et fiscales et leurs justificatifs.
- Les attestations de visite médicale et les déclarations d'accident.
Ces six éléments sont exactement ceux que l'inspecteur du travail examine lors d'une visite. Une entreprise qui les tient à jour n'a pas de préparation particulière à faire. Voir Gestion administrative du personnel.
6. Les principes qui traversent tous les domaines
- Le Code est un plancher, la convention collective peut faire mieux. Elle ne se substitue au Code que lorsqu'elle est plus favorable au travailleur : c'est en ces termes que le Code lui-même l'énonce, sur les taux d'indemnité comme sur les durées. La vérifier en premier, donc, mais sans jamais descendre sous le minimum légal.
- Ce qui n'est pas écrit n'existe pas en cas de contestation, et la preuve pèse sur l'employeur.
- Les délais ne se rattrapent pas. Déclaration d'accident sous 48 heures, dépôt d'un CDD avant exécution, entrée en vigueur du règlement intérieur vingt jours après le visa de l'inspecteur (Code du travail, articles L.62 et L.68).
- La constance protège. Une règle appliquée de la même manière à tous se défend ; une exception non justifiée fragilise l'ensemble.
Sur le traitement des différends, voir Gestion des contentieux du personnel.
À retenir
| La règle | Ce qu'elle implique |
|---|---|
| Cinq domaines, un fil conducteur | Préparer avant de décider, documenter en décidant |
| Le choix du contrat commande le reste | Le CDI est la règle, les autres formes des exceptions |
| Certaines décisions ont des effets en cascade | Horaires, avantages, promotions, renouvellements |
| Une revue trimestrielle des échéances | Le meilleur rapport effort-résultat de la fonction |
| Six documents à tenir en permanence | Ce sont ceux que l'inspecteur examine |
| La convention collective ne l'emporte que si elle est plus favorable | Le Code reste le plancher, la vérifier en premier |