Recrutement & Conseils
Rédiger un CV
Partie I : qu'est-ce qu'un CV ?
1.1 La définition
Le CV, ou curriculum vitæ, traduit littéralement, c'est « la carrière de la vie » d'un individu.
C'est un ensemble d'indications portant sur quatre temps :
| Temps | Ce qu'il recouvre |
|---|---|
| L'état civil | Qui vous êtes |
| Le parcours passé | D'où vous venez |
| L'activité présente | Où vous en êtes |
| Les options pour le futur | Où vous allez |
Notez la quatrième ligne : beaucoup de candidats l'oublient. Un CV qui ne dit que les trois premiers temps décrit un passé ; il faut qu'il ouvre aussi sur une direction.
1.2 La contrainte de longueur
Le tout doit être synthétisé et illustré :
| Profil | Longueur |
|---|---|
| Cadre débutant | Une page |
| Cadre confirmé | Deux pages maximum |
1.3 Le pari du CV
Exposer en quelques lignes, de manière convaincante, les points saillants d'une vie professionnelle et personnelle peut paraître impossible.
Ce l'est, à moins de respecter certaines règles. Ces règles sont l'objet de tout ce qui suit.
Partie II : les règles de forme
Une fois réunis tous les éléments classiques du CV, état civil, formations, expérience professionnelle, activités extra-professionnelles, il reste à respecter certains principes de base pour réussir la mise en page.
2.1 Le principe fondateur : l'œil descend, il ne balaie pas
La mise en page ne doit pas contraindre le lecteur à faire des allers-retours de gauche à droite.
L'ensemble des éléments du CV doit être aligné à gauche, en revenant à la ligne pour chaque nouvelle information, parce que l'œil « descend » rapidement le long d'une page, mais « balaie » plus difficilement d'un côté à l'autre.
Retenez ce principe : toutes les règles qui suivent en découlent. Elles n'ont qu'un but, rendre la lecture rapide et sans effort. Chaque fantaisie, chaque surcharge, chaque colonne ajoutée coûte une fraction de seconde au lecteur, et un CV se lit en quelques dizaines de secondes.
2.2 Les règles de forme, une par une
| Règle | Précision |
|---|---|
| Support et saisie | Toujours saisi à la machine, sur papier blanc A4, sans retrait positif constant de première ligne, avec une marge de 1 à 2 cm |
| Polices | Pas plus de trois : une pour les rubriques, une pour les têtes de chapitre, une pour le texte |
| Caractères gras | Ne pas en abuser. Si tout est montré comme important, alors plus rien n'a d'importance |
| Surcharges | À éviter : certains candidats mettent le même terme en gras, en italique, en capitales et souligné, l'effet s'annule |
| Soulignement | Les points essentiels, intitulés de postes, noms de sociétés, ne doivent pas être soulignés |
| Fantaisies | Ni couleurs, ni dessins, ni soulignages. La fantaisie fait plaisir à l'auteur, mais déplaît généralement au recruteur |
| Plusieurs pages | Agrafer en haut à gauche, sans utiliser de trombones |
| Négations | Aucune : « jamais été », « n'ont pas été », « pas apporté de résultat positif », « j'ai échoué », « j'ai redoublé », « insuffisant »… |
Pourquoi la règle sur le gras est la plus violée. Elle repose sur une arithmétique simple : le gras fonctionne par contraste. Trois mots en gras sur une page ressortent ; trente mots en gras ne ressortent plus de rien. Mettre en avant, c'est nécessairement laisser le reste en arrière.
Pourquoi aucune négation. Une négation attire l'attention précisément sur ce que vous vouliez minimiser. Écrire « je n'ai jamais échoué » installe le mot « échoué » dans la tête du lecteur. Un CV ne se défend pas : il affirme.
Partie III : les règles de fond
| Règle | Précision |
|---|---|
| Le texte | Clair, précis, cohérent et très simple |
| Les jugements de valeur | Ne jamais en porter de catégoriques ou de déformés, ni sur soi-même, ni sur les entreprises fréquentées |
| Les abréviations | À éviter : elles sont sujettes à interprétation |
| Le recto verso | Le CV ne se présente jamais en recto verso |
| L'orthographe | Aucune faute |
| Les coordonnées | Ne jamais envoyer un CV dont le numéro de téléphone est rayé ou modifié |
| La photo | Pas de photo si elle n'est pas demandée. Le cas échéant : collée en haut à droite, ni agrafée, ni fixée au trombone |
| La personne grammaticale | Ne pas parler de soi à la troisième personne |
| La présentation | Pas de CV sous forme de tableau ; jamais rédigé entièrement en lettres majuscules |
Sur le numéro raturé, une règle qui paraît anecdotique et ne l'est pas. Un candidat qui envoie un document corrigé à la main signale, sans le vouloir, qu'il n'a pas jugé la candidature digne d'une réimpression. Le recruteur ne lit pas une rature : il lit un degré d'attention.
Une divergence à arbitrer. L'article « Généralités sur le CV » invite à insérer une photo si le résultat est soigné ; celui-ci recommande de s'en abstenir si elle n'est pas demandée. Les deux se concilient par la règle générale du secteur : la demande explicite tranche, et à défaut, l'usage du métier prime sur la préférence personnelle.
Partie IV : classer les rubriques
Quatre rubriques structurent le document :
- L'état civil, ou l'identité
- La formation
- Les langues
- Les expériences professionnelles
4.1 L'identité (l'état civil)
| Point | La règle |
|---|---|
| Position | Jamais en fin de CV : le recruteur cherche cette information indispensable et se demanderait pourquoi elle ne figure pas en tête |
| Âge / date de naissance | Les taire suscite des questionnements : autant les mettre |
| Prénom et nom | Sur la même ligne |
| Sexe | Ne pas en faire une ligne à part. Si le prénom ne lève pas l'ambiguïté, le faire précéder de « Monsieur », « Madame » ou « Mademoiselle » |
| Adresse (1) | Sur une ligne : le numéro et le nom de la rue |
| Adresse (2) | Sur une même ligne : la boîte postale et la ville. Ajouter le pays si l'on postule à l'international |
| Téléphone | Le numéro du domicile est essentiel, plus que celui du bureau, qui paraît souhaitable |
| Numéro du bureau | Indiquer « LD », ou le mentionner discrètement |
| Situation de famille | Célibataire, marié ou divorcé |
| La mention « CV » | Déconseillée en haut de page : cela va de soi |
Le fil rouge de cette rubrique : ne rien laisser deviner. Chaque omission, l'âge, une coordonnée, crée une question dans l'esprit du lecteur. Et une question sans réponse se transforme rapidement en soupçon.
4.2 La formation
Où la placer ?
| Votre situation | Position de la rubrique |
|---|---|
| Jusqu'à 45 ans, ou à mi-parcours professionnel | Juste sous l'état civil |
| Candidats plus âgés | En avant-dernière position |
Dans quel ordre ? Le meilleur diplôme, la formation la plus importante, en tête, en première position, puis du plus récent au plus ancien.
Présentez distinctement la formation initiale et la formation continue, et mettez en avant le diplôme principal, le plus valorisant et le plus pertinent pour le poste visé.
Que faut-il sélectionner ?
Le CV n'est pas une collection de diplômes. Le tout n'est pas à mentionner.
Si vous êtes diplômé de l'ENA option gestion, le recruteur en déduira que vous avez eu le baccalauréat. Un cadre suffisamment expérimenté n'a pas à faire figurer le niveau CEP ou DEF.
Ce qu'il ne faut pas oublier :
- le diplôme ;
- la spécialité ;
- le nom de l'école ;
- la date d'obtention.
Ce qui change selon le profil :
| Profil | Ce qu'il doit faire |
|---|---|
| Les cadres | Ne marquer que les étapes marquantes et les formations significatives |
| Les candidats à un premier emploi | Mentionner et expliquer les travaux réalisés à l'école |
Deux pièges de langage :
| Le piège | Exemple |
|---|---|
| Les abréviations | « ENA », « ENPT », sujettes à diverses interprétations |
| Les abus de langage ou imprécisions | « École Normale d'Administration », « un an », « première année » |
Et la formation continue ? Les diplômes ou stages obtenus dans ce cadre peuvent figurer sous une rubrique « Formations complémentaires ».
4.3 Les langues
Où placer la rubrique ? La pratique d'au moins une langue étrangère devient de plus en plus décisive dans le recrutement.
| Votre niveau | Position |
|---|---|
| Maîtrise réellement parfaite | Entre la formation et l'expérience professionnelle |
| Maîtrise moindre | Juste avant les activités extra-professionnelles |
À l'heure de la « mondialisation » de l'économie, et en particulier pour certaines fonctions, vous serez considéré comme « infirme » si vous ne parlez pas au moins une deuxième langue.
Le vocabulaire à employer, et ce qu'il signifie réellement :
| La mention | Ce qu'elle veut dire |
|---|---|
| Bilingue | Maîtrise parfaite, orale et écrite, de deux langues |
| Courant | Se justifie après un séjour relativement long dans le pays concerné |
| Lu, écrit et parlé | Ne veut pas dire grand-chose : la formule ne reflète pas la qualité exacte de la maîtrise |
| « Maîtrise convenable de l'anglais » | La formule juste si vous vous débrouillez |
| « Anglais moyen » | La formule juste si vous ne connaissez que quelques tournures permettant tout juste un échange |
Pourquoi ce vocabulaire mérite d'être précis. C'est l'une des rares affirmations d'un CV qui peut être vérifiée en trois secondes : il suffit que le recruteur change de langue au milieu de l'entretien. Une mention exacte protège ; une mention flatteuse expose.
4.4 L'expérience professionnelle
Les points forts et les points marquants doivent être mis en évidence dans la première page : c'est celle qui est la plus lue.
Une règle d'équilibre à connaître. Plus la vie professionnelle est longue, moins la formation initiale compte, et plus l'expérience la plus récente devient la plus valorisante et la plus révélatrice.
C'est ce basculement qui explique la règle vue plus haut : la formation descend dans la page à mesure que la carrière avance.
4.5 Les activités extra-professionnelles
Trois familles : le sport, les loisirs ou hobbies, les activités associatives.
Quel poids leur donner ?
Cette rubrique n'est pas d'une importance cruciale. La mentionner n'est pas négatif, mais on ne peut pas dire non plus que cela améliore ou renforce le CV.
Elle permet en revanche de personnaliser le document et de donner une image équilibrée du candidat. Et si le recruteur partage vos activités, elle permet de commencer l'entretien sur un mode plus convivial.
Ce qui n'entre pas dans cette rubrique : la lecture de la presse, l'écoute de la radio, le fait de suivre les informations télévisées.
La lecture de romans ? Oui, mais il faut alors savoir citer le dernier roman lu et le nom de son auteur.
| Sous-rubrique | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Le sport | Ne faire état que des sports réellement pratiqués. Annoncer une ceinture noire de judo suppose de pouvoir en donner la date d'obtention. Un sport collectif peut révéler un esprit d'équipe et le goût de l'effort partagé, mais il signale aussi des contraintes hebdomadaires d'entraînement |
| Les loisirs | Ceux qui sont pratiqués le plus, ou le plus régulièrement |
| Les activités associatives | Il n'est ni utile ni recommandé d'y afficher ses préférences ou engagements politiques ou syndicaux |
| L'informatique | À mentionner |
| Les stages | Mentionner les plus significatifs, en expliquant pourquoi vous les avez choisis, et dans quelle entreprise |
Le principe qui gouverne toute cette rubrique : tout ce que vous écrivez peut être creusé. Le roman, la ceinture noire, l'association : chaque mention est une porte que le recruteur peut ouvrir. N'y mettez que ce que vous êtes prêt à développer.
Partie V : chronologique ou anti-chronologique ?
L'argument pour le chronologique : c'est plus logique, on suit le cursus tel qu'il a été effectué.
L'argument qui l'emporte : en matière de recrutement, l'accès direct et rapide aux informations essentielles doit être facilité. Ce qui impose l'ordre anti-chronologique, du plus récent au plus ancien.
Dans ce cas, plus on s'éloigne de la période actuelle, moins la description des activités doit être longue.
| Ordre | Quand le choisir |
|---|---|
| Anti-chronologique (du plus récent au plus ancien) | La règle générale |
| Chronologique | Quand vous avez gravi des échelons au sein d'une même entreprise, ou connu beaucoup de mobilités internes |
Pourquoi cette exception ? Parce que dans ce cas précis, c'est la progression qui constitue l'argument. La montrer à l'envers reviendrait à effacer ce qu'elle démontre.
En conclusion : la règle générale est l'anti-chronologie, mais ne jamais mêler les deux ordres dans un même CV.
Deux erreurs fréquentes à cet endroit :
| L'erreur | Pourquoi elle coûte |
|---|---|
| Écrire « de 1990 jusqu'à nos jours » alors qu'on n'est plus dans l'entreprise | C'est une inexactitude vérifiable, donc un doute jeté sur tout le reste |
| Abuser du gras | Il est réservé aux noms de sociétés et aux diplômes obtenus |
Partie VI : comment combler les trous d'un CV ?
Si le parcours professionnel comporte une interruption, autant la mentionner et la justifier.
N'indiquez pas les dates précises ni les mois : l'année suffit.
Le raisonnement derrière cette règle. Un trou non expliqué appelle l'hypothèse la plus défavorable, c'est le réflexe naturel du lecteur. Une interruption assumée et justifiée, elle, se règle en une ligne. Et raisonner à l'année plutôt qu'au mois évite de mettre en relief une durée qui, exprimée en semaines, paraîtrait plus longue qu'elle ne l'est.
Partie VII : en conclusion, le bluff est à proscrire
Se présenter tel qu'on est, sans enjoliver, est la meilleure manière de se faire connaître et d'être apprécié.
Rédiger un document sincère et persuasif, les deux à la fois, permet d'aborder l'entretien l'esprit tranquille.
La sanction du bluff est différée, mais elle vient. Si l'on obtient un poste usurpé, la supercherie peut être révélée pendant les mois de période d'essai, période qui ne sera alors pas conclue.
Autrement dit : le bluff ne fait pas gagner un poste, il fait perdre plusieurs mois.
Et un dernier mot pour ceux dont le CV tient en une page : n'en faites pas un complexe. La longueur d'un CV n'a jamais été égale à la compétence d'un individu.
L'essentiel en 10 points
- Le CV, c'est « la carrière de la vie » : état civil, passé, présent, et options pour le futur.
- Une page pour un cadre débutant, deux au maximum pour un cadre confirmé.
- Tout aligné à gauche : l'œil descend une page, il ne la balaie pas.
- Trois polices au plus, gras parcimonieux, aucune fantaisie, aucune négation.
- Ni recto verso, ni tableau, ni majuscules intégrales, ni troisième personne, ni numéro raturé.
- L'identité en tête ; la formation juste dessous jusqu'à 45 ans ; le meilleur diplôme en premier.
- Pour les langues, dire vrai : « bilingue » et « courant » ont un sens précis et vérifiable en trois secondes.
- Ordre anti-chronologique par défaut, le chronologique seulement pour une progression interne, et jamais les deux dans un même CV.
- Les interruptions se mentionnent et se justifient, à l'année, pas au mois.
- Le bluff se paie pendant la période d'essai, et la longueur d'un CV n'a jamais mesuré une compétence.
Source : « Faites le point sur votre employabilité ».